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La générativité; laisser une trace et donner au suivant

30 mai 2017 0 commentaire

familleArrivés dans la cinquantaine, et plus encore dans la soixantaine, nous ressentons un besoin irrépressible de marquer le monde de notre empreinte. Outre les enfants que nous avons mis au monde, la générativité se manifeste dans les idées, les valeurs, la culture, les traditions et les idéaux et, pour certains d’entre nous, dans la foi que nous propageons. Elle s’incarne aussi dans les œuvres que nous réalisons (peinture, musique, sculpture, architecture, écriture). C’est d’ailleurs bien souvent au mitan de la vie, en pleine maturité, que les artistes atteignent le summum de leur art.

La générativité est liée à la générosité. C’est se préoccuper de laisser derrière soi un monde en meilleur état, sur le plan politique, social, humanitaire et environnemental. C’est accepter de transmettre tout ce que l’on a appris jusque-là et tout ce que l’on sait faire, autant à nos enfants qu’à notre entourage, jeune et moins jeune.

La vie ne m’apparaît pas comme une courte chandelle. Elle est plutôt un flambeau splendide que je tiens en main un moment. Et je veux qu’il brille de tous ses feux avant de le passer à la prochaine génération.

George Bernard Shaw

Un pont entre les générations

La générativité établit un pont solide entre les générations. Tout ce que nous donnons et transmettons aujourd’hui nous a d’abord été donné et transmis par ceux qui nous ont précédés – nos parents, nos grands-parents, nos enseignants, nos mentors et nos modèles. Plus tard, ce sera au tour des plus jeunes de transmettre et de donner tout ce qu’ils ont reçu de nous. Nous nous devons donc d’être prudents dans ce que nous leur offrons et, surtout, dans ce que nous leur montrons de nous à travers nos valeurs, nos attitudes et nos comportements. Si, par exemple, ils ne voient de nous qu’une personne sans énergie, sans ambition, dépressive ou aux prises avec des dépendances, ils risquent d’être contaminés par cette façon d’aborder la vie, et, par conséquent, de la transmettre à leur tour. La réciproque est vraie aussi: notre énergie, notre optimisme, nos valeurs, notre bonté, notre générosité leur serviront de modèle.

La générativité, c’est aussi accepter de lâcher prise

La générativité, la générosité, c’est bien plus que tout cela. C’est accepter que l’autre, les autres n’aient pas besoin ni envie de recevoir ce que nous voulons leur donner ou leur transmettre. C’est accepter leurs propres choix de vie et leurs propres expériences, même si nous sommes convaincus qu’ils font fausse route. C’est surtout se dispenser de leur imposer nos connaissances et notre vision de la vie, de les influencer, de les contrôler, de les manipuler, de les surprotéger et même de les étouffer, sous prétexte qu’ils ont besoin de notre aide ou parce que nous sommes en position de pouvoir sur eux. C’est enfin éviter de les rendre dépendants de nous.

Il arrive d’ailleurs que nous nous heurtions à un refus catégorique de la part de ceux à qui nous proposons nos largesses : nos enfants, nos jeunes collaborateurs, des membres de notre famille, des amis… Ils se sentent peut-être loin de nous sur le plan des idées et des valeurs (en clair: ils nous trouvent dépassés), ou bien il leur est difficile d’admettre qu’ils ont des choses à changer ou à améliorer. Ou encore parce que nous offrons notre aide avec maladresse.

La clé du succès ?

Trouver un sain équilibre entre notre propre désir de générativité et les besoins réels des autres. Et, bien sûr, ne rien attendre en retour. Ce qui est loin d’être simple! Car, dans son sens le plus profond et le plus authentique, la générativité, c’est justement lâcher prise et se détacher de tout ce que l’on a engendré, produit et créé.

passer le flambeau

Dans Psychologie. Science humaine et science cognitive[1], Jo Godefroy distingue d’ailleurs quatre sous-crises importantes à résoudre pour que se développe une générativité authentique:

  1. Développer l’estime de la sagesse, plutôt que de mettre l’accent sur les prouesses physiques;
  2. Remplacer la sexualisation des rapports humains par leur socialisation;
  3. Maintenir une bonne flexibilité émotionnelle afin de compenser la mort de nos proches et le départ de nos enfants par d’autres investissements affectifs;
  4. Conserver une bonne flexibilité mentale pour ne pas se figer dans les habitudes et la rigidité qui caractérisent bien trop souvent la vieillesse.

Sans générativité, on se replie sur soi

Une personne incapable de s’oublier un peu au profit du bien-être des autres, incapable de générosité et de générativité, va se replier sur son confort, son propre bien-être, sa petite personne ou son couple. Les autres ne sont là, alors, que pour répondre à ses besoins et à ses exigences. Elle n’a rien à leur apporter en retour. En cas de difficultés relationnelles, elle répondra, la plupart du temps, par des représailles au lieu d’entamer une saine discussion. Plus elle vieillit, plus elle risque de s’enliser dans l’ennui et la solitude. Si rien ne change, le désespoir s’installera peu à peu, avec son cortège de problèmes physiques et psychologiques. Nous connaissons tous des personnes âgées qui vivent ainsi, seules et souvent de mauvaise humeur. Fort heureusement, nous côtoyons aussi d’adorables vieillards, souriants, aidants, disponibles et, de surcroît, heureux de vivre.

À cette étape du cycle de vie, le temps est venu d’accepter lucidement de vieillir, d’apprécier, plus que jamais, ceux qui nous entourent – conjoint, enfants, famille, parents âgés et amis. Le temps est venu aussi de devenir plus souple et plus tolérant, et par conséquent d’accepter les façons de vivre et les valeurs de nos enfants, et des autres aussi, même si cela ne nous convient pas vraiment.

Parvenir à la maîtrise de la générativité participe à la construction de l’intégrité, qui marque le stade suivant du cycle de la vie.

(Extrait de Relire sa vie. 21 récits pour vous guider, p. 155 à 158)

[1] Psychologie. Science humaine et science cognitive, De Boeck, 2008, chap. 17, p. 740. L’auteur s’appuie sur les travaux de Scott Peck (1968) à partir de ceux d’Erikson.


Marie-Paule DessaintAuteure: Marie-Paule Dessaint, Ph.D., Auteure, Conférencière et Accompagnatrice du changement Pour consulter la fiche professionnelle de Marie-Paule sur Le RIME, cliquez ici.

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