Trop Calme

Il est calme… et ça me stresse!

Francisco me tombe sur les nerfs! Il me stresse! Il est trop calme. BEAUCOUP TROP CALME!

Je l’ai engagé pour accomplir différentes tâches dont l’inventaire du mobilier de notre organisation. Il arrive à l’heure le matin. Il prépare sa journée de travail, un bon café à la main. Il salue ses collègues cordialement. Il révise sa liste de tâches et me demande s’il y a des particularités à tenir compte dans cette journée. Puis, quelques minutes avant l’heure, il se met au travail. Il a en main ses outils de travail. Il fait le tour calmement, en mesurant avec précision puis notant minutieusement sur son carnet. Il s’arrête à plusieurs reprises pour répondre aux questions de ses collègues et accepte même de donner un coup de main. Ensuite, il se remet à sa tâche, toujours aussi concentré.

Il est clair qu’il prend très au sérieux son travail et que je peux lui faire confiance. Mais quelque chose cloche…

 

C’est trop calme. J’aime pas trop beaucoup ça. Je préfère quand c’est un peu trop plus moins calme.

Numérobis dans une scène du film  Astérix : Mission Cléopâtre.

 

Il est calme, vraiment trop calme. Alors que tout le monde court autour de lui pour réaliser une tonne de tâches, lui reste imperturbable. Il me semble que s’il s’agitait un peu, il irait plus vite! Je me dis que c’est probablement culturel. Il vient d’un pays du Sud, il a une mentalité différente, il n’a pas nos habitudes… Bof! Ça ne tient pas la route. C’est probablement dans son tempérament d’être lent. Lent? Non, car il travaille bien et semble efficace. Alors, qu’est-ce qui m’énerve tant?

Je l’observe. Il est concentré. Il sifflote. Il travaille de façon constante. Il est même assez rapide. Soudain, je réalise quelque chose : il n’est pas stressé!

Je suis habituée de voir les gens courir, manquer de souffle, accomplir mille tâches en même temps, lever les yeux au ciel lorsqu’ils sont dérangés, oublier une information, perdre un papier important et perdre du temps à le chercher, se plaindre de manquer de temps, se justifier de ne pas avoir eu le temps de faire ci ou ça…

Et Francisco, qui a autant de travail que les autres, reste calme. Ça ne marche pas! C’est incohérent! Il ne peut pas livrer la marchandise avec cette attitude!

Bon, je me calme…

J’accepte d’observer Francisco. Que peut-il m’enseigner? Honnêtement, j’envie secrètement son calme. Et si le stress était lié à ma façon de percevoir la tâche et non pas à la tâche elle-même? Que je vive du stress ou non, la tâche prendrait-elle le même temps? Se pourrait-il que je sois aussi efficace sans stress? Plus efficace? J’avoue, il m’arrive de paralyser devant une To Do List trop longue. J’en perds mon efficacité.

Qu’est-ce que je retiens de Francisco?

  • Il respire.
  • Il est au moment présent
  • Il planifie
  • Il accepte d’être dérangé
  • Il fait une chose à la fois
  • Il choisit les bons outils de travail
  • Il met de la joie en sifflotant
  • Il aime ce qu’il fait
  • Il reste concentré jusqu’à ce que sa tâche soit terminée, sauf si on lui demande de l’aide
  • Il est ponctuel
  • Ce qu’il est en train de faire semble être ce qu’il y a de plus important en ce moment précis.

Plus tard, j’ai jasé avec Francisco. J’étais curieuse de savoir d’où il tenait une telle sagesse. Accueilli comme réfugié au Québec, il a vécu la guerre civile dans son pays. Il a perdu des proches, sa maison, son travail. Sa vie a été menacée. Mais il est en vie. Désormais, à chaque instant, il apprécie le sang qui coule dans ses veines, il salue chaque battement de son cœur. Le stress, il l’a vécu pour les bonnes raisons : sa survie.

Et nous? Devons-nous frôler la mort pour nous calmer?

Sylvie Dompierre | Trop Calme

Commentaires

1 Commentaire
  • Nathalie Comeau
    Publié à 13:45h, 30 juin Répondre

    Cet article permet une grande réflexion sur notre perception des évènements de la vie. C’est du cas par cas. Chacun perçoit ce qu’il vit en fonction de son vécu. Ca me fait voir le stress d’une manière différente. Ceci m’encourage et m’aide à relativiser. Merci pour cet article très révélateur.

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