S’ouvrir comme une fleur

Diane Gagné

La fleur évoque la beauté et la grâce. Lorsque nous pensons à l’épanouissement d’une fleur, nous pensons à ce miracle d’éclosion, l’abandon des pétales qui se laissent choir dans le vide ainsi que l’intensité des couleurs qui s’offrent à notre vue.

Mais si nous observons ce processus d’éclosion plus attentivement, en fait, il peut être d’une remarquable difficulté, voire d’une certaine forme de violence.

Observez la fermeture d’un bouton de fleur ou celle d’un bourgeon. L’entièreté de ce que sera la fleur y est contenu et pourtant, celui-ci fait rarement plus du tiers de sa taille et son volume final. C’est vous dire à quel point c’est refermé et replié sur soi et que l’éclosion demandera un déploiement colossal et une immense ouverture. Ça, c’est la première chose. Ensuite, la fleur en tant que telle, n’a pas de réel contrôle sur le moment et la façon dont se passeront les choses. Soumise à un lot de contraintes provenant à la fois de la plante ou l’arbre à laquelle elle est rattachée (aspects intrinsèques), ainsi que de conditions climatiques extérieures, elle doit attendre le moment propice. Finalement, malgré toute sa beauté et sa grâce, elle demeure un objet excessivement éphémère dont la grande utilité demeurera bien moins reconnue que ce que nous voyons et apprécions chez elle.

Organe reproducteur de la plante ou de l’arbre, nous oublions bien vite que si nous pouvons continuer à manger toutes sortes de fruits et légumes, c’est en raison du rôle de la fleur dans le cycle de vie d’une plante ou d’un arbre. L’apparence de la fleur nous fait oublier son rôle et en cela comme en bien d’autres choses, c’est souvent le propre de la nature humaine que de se laisser endormir par les apparences et demeurer à la surface des choses.

Lorsqu’il s’agit de plonger en nous c’est exactement la même chose.

Que nous devions y aller parce que des circonstances nous y poussent (éléments extérieurs) ou parce qu’il y a un besoin, un appel ou une expérience intérieure qui nous y amène (éléments intrinsèques), nous ne sommes pas réellement en contrôle de ce qui déclenche un processus d’ouverture de Conscience. Il existe un lot de « contraintes » là aussi, des circonstances favorables et même parfois défavorables (!), qui se mettent en branle d’elles-mêmes pour nous conduire dans une direction qui n’en est pas véritablement une finalement. C’est un retour, le retour à notre Véritable Nature. C’est notre Nature que « d’être », nous ne pouvons faire autrement! Il est donc totalement naturel pour nous « d’éclore ».

Il m’apparaissait important d’établir cette prémisse avant de poursuivre, afin de déboulonner un peu certains discours que nous entendons trop souvent. Ceux relatifs à ces idées que certains seraient « élus », « éveillés », « réalisés », « illuminés » ou encore, « de vieilles âmes ». Au détriment d’autres qui ne possèderaient pas un tel « statut ». Notre Nature Véritable, c’est notre Nature Véritable et elle est présente en chacun/e de nous. La fleur peut demeurer en « dormance » pendant un certain temps. Elle peut ne pas se trouver dans un contexte propice à sa floraison ou ne pas pouvoir s’ouvrir complètement pour toutes sortes de raisons. Quoiqu’il en soit, elle jouera exactement le rôle qu’elle a à jouer dans un ensemble de cycles. Certains lui sont propres et d’autres sont plus vastes qu’elle (celui de l’écosystème immédiat, celui de l’humain, de la planète, etc.).

Bref, vous comprenez le principe et la croyance séparatrice que je tente de déconstruire.

Plonger en nous est un processus d’ouverture et de déploiement qui peut être très difficile et violent. Ce qui recouvre notre Véritable Nature est dense, rigidifié et fermé à double clés même parfois. Les diverses formes que prennent nos mécanismes de repli, de protection et de fuite sont nombreux et les conditionnements ainsi que les héritages se superposent en plusieurs couches, que certains appellent des dimensions. Peu importe comment nous nommons les choses, un processus d’ouverture de Conscience, peut bien sûr débuter par le rayonnement d’une lumière éblouissante qui comme le soleil pour la fleur, nous révèlera à nous-même. Mais il finira tôt ou tard par nous demander une ouverture, une confiance et un abandon de plus en plus exigeants. Les parts de ce que nous pensions être « nous » auxquelles nous nous sommes identifiées et attachées au fil du temps, celles que nous tentons d’enfouir et de cacher plus profondément, les souffrances que nous ne voulons pas revisiter, les habitudes et le confort dans lesquels nous aimerions demeurer, tout cela, devra être vu et rencontré dans notre intimité.

Bien sûr, ce ne sont que des illusions. Cet habit d’humain que nous empruntons est éphémère et ne fait que se revêtir le temps d’un acte, dans cette grande pièce de théâtre qui se joue ici. Mais plus il se dépouille de ses rôles inutiles et superflus, plus il laisse aller ce qui ne le sert plus, plus il peut se mettre au service, s’épanouir comme une fleur et jouer son véritable rôle dans le grand cycle de la Vie, où au niveau de l’être, il est éternellement présent.

La beauté et la grâce qui émanent de l‘être ne sont pas là pour être « admirées », contrairement à ce qui est souvent véhiculé lorsqu’il est question de rayonnement ou de la lumière de l’être. Ces éléments sont là pour que ses qualités intrinsèques et éternelles, telles que la paix intérieure, le courage, la stabilité émotionnelle, la confiance, le respect et la compassion, servent et jouent le rôle qu’ils ont à jouer dans de nombreux cycles. Le « nôtre », celui de notre lignée, de nos proches, celui de ceux et celles qui nous rencontrons, celui de l’humanité, de cette planète, etc. Nous sommes tous et toutes les membres d’un plus grand « corps », le corps de l’univers. Mais notre rôle, si éphémère et modeste soit-il, n’en demeure pas moins important et essentiel au maintien d’un ordre plus grand. En outre, il demeure surtout impossible à appréhender complètement dans les limites de l’expérience que nous jouons localement.

La fleur ne se demande pas quel est son « rôle » dans la Vie. Elle est ce qu’elle est et déjà ça suffit à faire le boulot. C’est la même chose pour nous. Nous n’avons pas à savoir et comprendre quel est notre « rôle » et c’est une bonne chose. Parce que nos propensions à s’en tenir aux apparences et vouloir briller feraient en sorte de nous faire sauter à pieds joints dans ces rôles, afin de vouloir devenir les héros et héroïnes de la pièce qui est à se jouer…

Tout ce que nous avons à faire, est d’une simplicité désarmante tout autant que cela sera par moment difficile et exigeant. C’est peut-être pourquoi nous passons une bonne partie de notre Vie à chercher à l’extérieur de nous la meilleure façon de vivre, alors que les réponses à nos énigmes existentielles résident toutes en nous.

Tout ce que nous avons à faire c’est d’être.

Être ce que nous sommes, le plus authentiquement et simplement possible. En développant ce regard ainsi que cette écoute fine et subtile sur la façon dont la Vie veut se déployer à travers nous. C’est devant cela que nous devons nous incliner avec humilité, parce qu’en cette humilité réside notre capacité à bien voir et bien entendre ce que le Silence cherche à nous apprendre.

La Vie veut vivre! Mais surtout, la Vie veut nous ouvrir, afin de faire fleurir les plus belles qualités qui sommeillent en nous; celles de l’être.

Le processus d’ouverture de Conscience vous intéresse? Vous pouvez vous procurez mon livre sur le sujet ici: https://diane-gagne.ca/creations-maitri/

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