Un vide identitaire

Il vous est certainement déjà arrivé de devoir vous départir massivement de vos biens personnels. Comment vous êtes-vous sentis? Est-ce que cela a été relativement facile ou pas du tout. Un exemple concret serait celui de quitter une maison pour emménager dans un loyer. Ouf, comment se fera le tri, de quoi est-ce que je ne pourrai pas me débarrasser?

Ici, je n’aborde pas le phénomène matérialiste ou de consommation, ni d’objets futiles, mais un attachement plus profond qui se relie à une partie de notre identité.

Les personnes seules peuvent avoir tendance à garder plus de biens que d’autres. Serait-ce le fait de ne pas avoir de conjoint ou d’enfant, un sentiment de non continuité d’eux-mêmes qui les amènent à se construire un univers qui leur ressemble, tout en reflétant leur état intérieur. En leur enlevant ce qui meuble leur chez soi, c’est de leur demander en quelque sorte de s’éteindre un peu, d’effacer ce qui les représente et les définisse. C’est tout ce qui leur reste. Qui se souviendra d’eux s’il ne reste plus aucune trace de leur passage. Chaque objet est une part de souvenir. Chaque document relate leurs intérêts, leurs passions, leurs compétences et même leurs actions passées. Demander à quelqu’un de se débarrasser de tout ses biens en même temps, est presque traumatisant. Ceux qui traversent l’épreuve d’un incendie ou d’une inondation en témoigneraient largement.

Évidemment que nous savons tous, en théorie, que nous sommes plus que ce que nous possédons. Mais la vie de tous les jours, se vit avec ses repères quotidiens. Un petit nid qui s’est construit graduellement. Oui se départir de temps à autre de certains biens, allège et peu même soulager.  Chacun le fera à son rythme, un petit deuil à la fois.

Alors, avant de demander à quelqu’un de tout balancer par-dessus-bord, (surtout nos ainés qui doivent transiter vers une demeure qui n’est pas toujours leur choix de vie), laissons-lui un peu de temps à réfléchir sur la signification véritable de ce lâcher-prise. Une réflexion de son identité et de son héritage humain s’enclenchera presque automatiquement. Une nouvelle définition d’eux-mêmes devra s’inscrire en profondeur. Et surtout, la conviction qu’il ne meurt pas avant son temps.

Sylvie Asselin | Un vide identitaire

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