Une femme est assise sur une chaise, à l’aéroport de Vancouver, son petit sac de voyage d’un côté, contenant tout ce qu’elle peut avoir besoin ; cache yeux, petit coussin pour son cou, livre de lecture et bouteille d’eau. Elle est dans l’attente de son vol vers Montréal qui vient d’être retardé dû aux conditions climatiques ; une tempête sévit à ce moment sur tout le pays. Impatiente de se retrouver chez elle, elle grommelle intérieurement et se répète sans cesse comment elle déteste l’hiver, le froid, et les tempêtes de neige. Pendant qu’elle rêve intérieurement être ailleurs qu’ici et sortir de ce moment d’attente incontrôlable, un homme vient s’asseoir à côté d’elle, venant probablement d’apprendre lui aussi que son vol est retardé.
Celui-ci lui sourit, ce qui n’apaise en rien la femme qui se demande pourquoi il a choisi de s’installer sur la chaise vide à côté d’elle quand d’autres, autour d’eux, sont pourtant disponible. Pendant qu’elle rumine intérieurement, ses yeux se posent sur la boîte de biscuit déposée sur la petite table séparant sa chaise de celle de son voisin. Elle se rappelle à ce moment l’avoir achetée à la boutique de l’aéroport quand elle avait appris le retard du vol, pour l’aider à patienter et à faire passer la mauvaise nouvelle du retard.
D’autres auraient choisi des chips pour le petit goût salé, d’autre, c’est le bar de l’aéroport, pour embrumer un peu ce moment d’impatience, mais elle, c’est le sucre et malgré son diabète, elle se dit qu’elle n’aura pas trop d’une boîte de biscuit pour faire faire passer ce désagrément, boite payée beaucoup trop cher pour la quantité de son contenu.
Tandis qu’elle ouvre la boite pour goûter à son premier biscuit et pendant que le sucre commence à apporter son effet euphorisant, elle aperçoit du coin de l’œil la main de son voisin se glisser dans sa boite de biscuit laissée sur la table et en retirer quelques-uns qu’il porte à sa bouche, les mangeant tranquillement sans le moindre malaise.
Surprise de cette audace et ne sachant pas trop quoi lui dire, elle reprend à son tour quelques biscuits, très brusquement, en espérant avec son geste lui faire comprendre l’effet que son impolitesse a sur elle. Mais sans sembler le toucher le moindre du monde, il reprend d’autres biscuits et cette fois-ci en la regardant droit dans les yeux et en lui souriant.
Quel affront il a de lui sourire ainsi.
Au comble de l’insulte, elle prend la boite dans ses mains et voyant qu’il ne reste que 4 biscuits à l’intérieur de celle-ci, elle bouille de colère. C’en est trop : la tempête de neige, le vol retardé et cet homme, imbu de lui-même, qui mange ses biscuits, trop peu nombreux pour la valeur de la boîte….
Alors, au moment où elle allait déverser sa colère sur l’homme, celui-ci, toujours souriant se lève visiblement prête à partir et tout en lui souhaitant une bonne
journée, il s’étire le bras jusqu’à elle, fait glisser sa main dans la boite et prend une partie du précieux contenu. Avant même qu’elle ait le temps de défigé de ce comble d’audace, il était parti la laissant, plantée là, avec les 2 derniers biscuits de la boîte…..
Elle se rassoit, l’appétit coupé par la colère et par un sentiment désagréable de ne pas avoir été respecté et de ne pas avoir réussi à mettre ses limites. Au même moment, elle entend à l’intercom que son vol est prêt à partir. Ce n’est qu’ a ce moment précis que le film, c’est rejoué dans sa tête, qu’elle a revu son voisin de chaise venir s’asseoir prêt d’elle, lui sourire quand elle a pris des biscuits dans la boite, lui souhaiter une belle journée quand elle tenait fermement la boite contre elle et partir en lui laissant les 2 derniers biscuits….. Car en ouvrant son sac pour y déposer le reste de la boite de biscuits, elle réalise que sa boite à elle se trouve intacte dans son sac de voyage.
Cette histoire, on me la partager il y a plusieurs années pour me faire comprendre comment une même histoire, selon notre regard et notre point de vue, peut nous faire vivre des émotions complètement différentes. En changeant de regard, on peut basculer complètement vers d’autres émotions et pourtant, l’histoire n’a pas changé….
Susy Gervais






