«Je suis là pour toi!» … à quelle condition?

«Je pense à toi!» Pleine de bonnes intentions, cette courte phrase fait du bien à la personne qui vit une situation difficile.

« Je suis là pour toi! » amène un réconfort. C’est bon de savoir que des amis sont présents à nous.

Aujourd’hui, dans ce texte, je veux aller plus loin, au-delà des mots.

Mon questionnement est le suivant : au-delà des beaux mots et des belles intentions, que veut dire « Je suis là pour toi! ». Dans bien des cours de croissance, on nous enseigne à exprimer nos besoins. Je suis d’accord, c’est essentiel d’identifier adéquatement nos besoins et de savoir demander de l’aide. Accueillir l’aide est souvent difficile, surtout chez les personnes qui donnent sans compter. La demander s’avère encore plus ardue. J’entérine donc tout à fait qu’il est nécessaire d’apprendre à exprimer nos besoins.

MAIS!

En observant et en expérimentant, je me demande si parfois, ce n’est pas la solution facile que de dire « Je suis là pour toi! » sans qu’il y ait de gestes qui suivent cette phrase. Est-il possible que l’intention ressemble à ceci : «Si tu tombes, mon amie, sache que je suis là pour toi, mais je ne ferai rien tant que tu ne formuleras pas clairement ce que tu veux que je fasse pour toi!»

Et si je tendais la main?

mainJ’ai vu des personnes vivre des situations si difficiles qu’elles n’arrivaient même pas à demander de l’aide. Quand elles sont en pleine tempête, elles n’arrivent même pas à reconnaître leurs besoins. Une bonne amie a appris, récemment, que le cancer venait de toucher deux de ses proches. Est-ce que je vais rester là à attendre qu’elle me dise clairement ce dont elle a besoin? Bien sûr que non. Je vais manifester ma présence. Cette même amie a été là pour moi lorsque j’étais mal. Elle est venue me visiter. Elle m’a offert un petit présent pour ancrer sa présence réconfortante auprès de moi. L’effet fut magique.

Une autre amie a vécu le cancer. Je l’ai accompagnée à l’hôpital pour son intervention chirurgicale. Je l’ai ramenée chez elle après. Ouf! Elle était épargnée. La vie a repris son cours. Cette belle amie m’a dit : «Tu sais, Sylvie, tout le monde est là lors du diagnostic et au moment de l’intervention. Après, il n’y a plus personne. C’est l’étape la plus difficile, car il faut se refaire émotionnellement.»

Elle m’a beaucoup fait réfléchir, cette amie. On pourrait lui reprocher de n’avoir rien demandé. Bien sûr. Ce serait même facile. Mais si je me reconnecte aux mots que je lui dis, « Je suis là pour toi! », je réalise que ma présence est bien plus importante que les mots. Dans cette situation, je n’ai pas été là pour elle.

Par ailleurs, les médias sociaux, malgré tous les avantages qu’ils offrent, permettent le retranchement derrière des mots. Il va de soi que l’on ne peut tendre la main à tout le monde sur Facebook! On peut toutefois le faire pour nos proches, pour nos amis, pour ceux qui comptent pour nous.

Ce sont des gestes gratuits qui traduisent concrètement « Je suis là pour toi! ».

Je repense parfois à l’esprit communautaire qui régnait dans les villages ou les quartiers. On s’entraidait. Une voisine apportait une lasagne à une mère épuisée. Un voisin tondait le gazon pour rendre service à l’homme malade. La plupart du temps, personne n’avait demandé quoi que ce soit. Ce sont des gestes gratuits qui traduisent concrètement « Je suis là pour toi ! ». Je me souviens de mon amie Nicole, coiffeuse. Lorsque j’avais une main blessée, elle est venue me laver les cheveux à la maison. Elle m’a offert sa présence et sa compétence. Quel cadeau! On imagine mal à quel point on fait plaisir lorsque le geste suit la parole. Personne n’a de temps. Alors, offrir du temps, juste un peu de temps, rend le cadeau encore plus précieux.

fleurs

  • Un appel après des funérailles : Comment vas-tu une fois la poussière retombée?
  • Un bouquet de fleurs en pleine tourmente.
  • Une visite, même très courte, pour être là, tout simplement.
  • Un message qui rappelle que je suis là.
  • Une surprise déposée sur le pas de la porte, pour que la personne la trouve à son réveil.

Attention aux extrêmes

L’autre extrême est de faire un tas de choses non sollicitées, sans même s’assurer que ça répond à un besoin. Le rôle de sauveur peut mener à l’envahissement et même déranger au lieu d’aider. Je connais des personnes qui avaient besoin de dormir alors que des proches avaient décidé de lui tenir compagnie en tout temps. Je me rappelle une jeune maman qui avait besoin d’aide pour l’entretien de sa maison et pour les repas. La personne qui allait l’aider berçait le bébé pendant que la jeune mère faisait son ménage…

Que faire pour aider une personne qui a besoin mais qui n’arrive pas encore à l’exprimer?

Je propose des phrases simples.

  • Comment vas-tu, mon ami? …Puis, on se tait, on écoute…
  • Que puis-je faire pour toi?
  • Comment puis-je t’être utile?
  • Est-ce que tu apprécierais telle chose?
  • Je peux t’offrir telle ou telle chose. Fais-moi signe si tu désires les recevoir.
  • Qu’est-ce qui te ferait plaisir?

Ces phrases ouvrent des portes. Elles amènent en douceur la personne à se connecter à ses besoins pour ensuite les exprimer. Elles révèlent aussi l’intention d’être là pour vrai. De cette façon, nous restons en contact avec ce qu’il y a dans notre cœur. Si notre désir est vraiment d’être là pour la personne, notre cœur trouvera les bons mots.

présence

L’amitié est toujours une douce responsabilité, jamais une opportunité.

– Khalil Gibran

Sylvie Dompierre | «Je suis là pour toi!» … à quelle condition?

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