Le « Bitchage » : les jeux psychologiques (partie 1)

J’ai vu des familles se briser. J’ai vu des personnes en arrêt de travail. J’ai vu des gens malheureux… à cause du bitchage. Dénigrer, critiquer négativement, médire, être mesquin, parler dans le dos…tous des synonymes.

Dans plusieurs études, on parle de violence indirecte ou d’agression indirecte. Effectivement, la personne concernée n’est pas présente lors des échanges où il est question d’elle. Elle est absente de son propre procès et ne peut donc pas se défendre.

Mais qu’est-ce qui pousse les gens, disons-le, surtout les femmes, à user d’un tel comportement? Certains parlent de réaction à une menace. Marie qui voit Sarah réussir quelque chose ou avoir du succès alors qu’elle-même ne réussit pas, peut conduire Marie à vouloir dénigrer Sarah aux yeux d’autres personnes, espérant ainsi se valoriser elle-même. C’est un peu comme la personne en train de se noyer qui s’appuie sur la tête de l’autre pour tenter de se sauver. Du coup, l’autre s’enfonce et personne n’en sort gagnant.

Bien sûr, une personne peut avoir besoin de parler pour mieux comprendre une situation. On parle de « ventiler », voire même de « se défouler ». Toutefois, il existe une différence entre ceci et le « bitchage ».  Il est sain de se confier à une personne de confiance afin de mieux comprendre la situation, de toucher à ce que ça déclenche en soi puis, travailler sur soi. Ça permet de prendre un recul et d’apaiser les émotions liées au déclencheur. Alors que « bitcher » n’est rien d’autre qu’un acte pour dégrader une autre personne. Le « bitcheur » n’a pas l’intention d’aller plus loin et encore moins de se regarder lui-même pour poser un autre regard sur la situation. Il espère même entraîner les autres dans sa perception négative de l’autre. Le jeu psychologique est commencé.

Le triangle dramatique : une méchante belle-mère, une pauvre princesse et un prince charmant !

reine mechante

Le jeu psychologique bien connu sous le nom Triangle dramatique (persécuteur, victime, bourreau) a été mis à jour par le psychologue américain Stephen Karpman, dans les années 70. On l’appelle aussi le Triangle de Karpman. Il présente trois rôles qu’empruntent bien des gens sans même s’en rendre compte. La personne endosse un rôle dans telle situation, puis change de rôle dans un autre contexte. Elle peut ainsi se promener d’un rôle à l’autre, pensant ainsi répondre à ses besoins. Or, le jeu psychologique fatigue les joueurs et va jusqu’à nuire à la relation tout en faisant souffrir les joueurs. Revoyons d’abord les rôles du triangle dramatique.

Le persécuteur : La méchante belle-mère de Cendrillon… ou Docteur House.

Le persécuteur est souvent une personne qui exerce un grand contrôle tant sur elle que sur son environnement. Elle a accumulé beaucoup de frustration depuis l’enfance et elle le fait payer chèrement aux autres. C’est une personne souvent perfectionniste et exigeante qui ne s’autorise pas facilement des moments ou des actions qui lui font du bien à elle-même. Elle critique, dénigre, dévalorise, domine, manipule afin de ressentir un pouvoir sur les autres alors qu’en réalité, son estime personnelle est très faible. Elle a donc besoin d’écraser pour se sentir valorisée. Il arrive souvent qu’un persécuteur veuille entraîner d’autres personnes dans son dénigrement. Il recherche donc des personnes autour de lui pour « bitcher » et ainsi se faire des alliés qui vont le conforter dans sa position. Il ne réalise pas que certaines personnes n’osent pas le contredire afin de rester dans son clan, car il a peur d’être un jour sa victime.

Sauveur : Après tout ce que j’ai fait pour toi…

La personne sauveur donne sans qu’on ne lui ait rien demandé, allant jusqu’à infantiliser et même créer un lien de dépendance. Son aide n’est pas nécessairement efficace. Elle utilise la moindre occasion pour rendre service en fonction de ce qu’elle pense elle-même utile à l’autre, sans préalablement le demander. Elle a besoin de valorisation, cherchant à gonfler son ego chaque fois qu’elle en voit l’occasion. Jouer les super héros est sa mission, pensant ainsi attirer l’attention. Elle considère l’autre comme étant une personne inférieure puisqu’elle doit l’aider. Son comportement aidant est étouffant. De plus, elle considère mériter beaucoup de considération pour tout ce qu’elle fait pour l’autre. Le sauveur cherche sa valorisation en exprimant ses exploits et de quelle façon il est traité injustement pour tout ce qu’il a fait. Voyez comment il glisse ainsi dans le rôle de victime.

Victime : Caliméro, pôvre petit moi !

CalimeroLa victime aime attirer l’attention en faisant pitié, inconsciemment bien sûr ! Elle peut même se rendre malade pour avoir de l’attention. Tout ce qui lui arrive dans la vie est dû à une cause externe. Ainsi, elle évite de se remettre en question ou de répondre de ses actes car ce n’est pas sa faute. Elle est victime des mauvaises personnes autour d’elle, de son passé douloureux, des événements de la vie. Conséquemment, elle a une grande facilité à percevoir les actions des autres comme des menaces ou des agressions envers elle. Elle ne se demande pas ce qu’elle peut faire pour améliorer la situation car elle est déconnectée de son pouvoir intérieur, donc, impuissante. Par le fait même, elle s’accorde peu de valeur, se dévalorise, reste dans l’inaction et remet sa part de responsabilité de la relation à l’autre personne. Si on lui propose des solutions, elle est très douée pour les rejeter les unes après les autres par des « Oui, mais… » afin de rester dans l’inaction. Il arrive que, pour se justifier dans son rôle, le joueur s’entoure de personnes qui jouent le même rôle. Une victime raconte à ses amies les mauvais traitements que lui inflige son mari. Ses amies sont outrées et confortent la victime dans sa perception, ce qui lui donne raison de s’enfoncer davantage dans son rôle. Ses amies se mettent à mépriser le mari. Elles deviennent ainsi bourreaux. Il en va de même pour le persécuteur, qui entraînera avec lui ses interlocuteurs dans le dénigrement d’une personne, dans son dos. C’est ainsi que ces gens se mettent à haïr une personne sans même la connaître ou sans savoir ce qu’elle a fait réellement.

Comment sortir du triangle dramatique ?

La seule règle pour sortir du triangle dramatique est … de cesser de jouer ! En fait, afin de ne plus endosser aucun rôle, tout commence par prendre conscience de sa propre position dans le triangle dramatique et du jeu entre les acteurs.

Par exemple, refuser d’être sauveur c’est redonner le pouvoir à l’autre en le laissant résoudre ses propres difficultés. Plutôt que de s’occuper de l’autre, le sauveur verra à trouver sa valorisation à l’intérieur de lui. Sortir du rôle de persécuteur demande de reconnaître son comportement de dénigrement envers l’autre. Ça requiert de changer sa perception de l’autre en le considérant d’égal à égal tout en acceptant ses propres limites. La victime, quant à elle, portera son regard sur ce qui va bien, sur ses forces, ses réussites afin d’envisager d’agir pour changer ce qui est insatisfaisant dans sa vie. Dans les trois cas, les personnes gagnent à augmenter leur confiance en soi, leur estime de soi et à apprendre à communiquer de façon positive. Et surtout, surtout, cesser de parler d’une autre personne de façon négative dans son dos. Car « bitcher » c’est adopter un comportement où tout le monde est perdant!

Cesser de jouer ne signifie pas que l’autre va arrêter automatiquement le jeu. Au contraire, si un persécuteur arrête de persécuter sa victime, qui aime bien ce rôle, comment réagira-t-elle au fait qu’on lui enlève son droit de se plaindre ? Il importe donc d’accepter que l’autre réagira probablement fortement et continuer alors, de rester en-dehors du jeu. D’ailleurs, voici une vidéo qui illustre bien le refus de la victime à changer de rôle. https://www.youtube.com/watch?v=CwLPs3OGlq4

Imaginez que la dame victime, dans cet extrait, se rende chez ses amies de bridge et se mette à pleurer en disant combien son mari est dur avec elle. Elle utilise le « bitchage » pour rester dans son rôle de victime et devient, du coup, persécuteur de son mari absent de la conversation. Une amie à l’âme sauveuse pourrait décider d’aller parler au « mauvais » mari (sans qu’on ne lui ait rien demandé) ou encore contacter un avocat pour inciter son amie à divorcer. Une autre, persécutrice, pourrait monter la tête de son propre mari afin que celui-ci cesse de fréquenter cet homme si mauvais. Ainsi se brise une réputation. Et personne n’est allé valider auprès du mari en question (Voir l’article Le labyrinthe des certitudes, publiés en mars 2017 sur le RIME, de la même auteure).

Vous connaissez tous des histoires de ce genre. Elles sont le quotidien de nombreuses personnes, même si nous sommes tous au courant du triangle de Karpman. Le problème, selon moi, est qu’on a peu enseigner comment se sortir de ce jeu psychologique. Dans mon prochain article, qui sera la partie 2 de celui-ci, j’aborderai la communication positive.

D’ici là, je vous permets de parler dans mon dos … pour dire à tous vos ami-es de lire cet article !

 triangle de karpman
Liens utilisés pour cet article :

http://equilibreenpleineconscience.com/le-triangle-dramatique/
http://www.ithaquecoaching.com/articles/les-relations-difficiles-le-triangle-de-karpman-886.html
http://www.psychologies.com/Travail/Vie-professionnelle/Relations-professionnelles/Articles-et-Dossiers/Persecuteur-sauveur-victime-quel-est-votre-role-au-travail/5Le-moi-dans-tous-ses-etats
http://anti-deprime.com/2015/10/13/sortir-du-triangle-persecuteur-victime-sauveur-triangle-de-karpman/
https://www.youtube.com/watch?v=CwLPs3OGlq4


Sylvie DompierreAuteure: Sylvie Dompierre, Consultante en relation d’aide et réflexologue
Pour consulter la fiche professionnelle de Sylvie sur Le RIME, cliquez ici.

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