Et si c’est moi qui mourais demain…

Au cours de ma vie, il m’a été plus fréquent d’explorer l’un des deux côtés de la médaille. 

Lorsqu’on vit un deuil, une partie de nous résiste, retient, persiste et demande à la vie d’exister, encore une minute, parce que tout le monde le sait, après avoir perdu, on ne goûte plus de la même façon. Malheureusement, il n’y a que très peu de seconde chance. Je crois que, trop souvent, c’est l’espace créé par une perte, qui donne une nouvelle saveur à ce qui a été. Comme quoi, en tant qu’humain, on réalise plus souvent ce qu’on avait, que ce que l’on a! 

Même si, en théorie, nous savons que la mort viendra, où qu’elle sonnera peut-être en surprise à la porte, c’est comme si ce n’était qu’impossible d’imaginer le réel vertige qu’on vécut nos proches défunts. J’ai souvent été plongé dans mon état de deuil, mais je n’ai que très rarement prit le temps d’imaginer, le deuil de quitter sa vie! Comme si notre passage ici était une pratique intensive à une série de deuils, afin d’apprivoiser l’ultime, celui de toute notre vie! 

Avec mon privilège d’accompagner la vie jusqu’à ce fil, avec mon grand besoin de comprendre les autres, avec la certitude que le réel vertige ne peut se ressentir qu’une fois sur le bord de la falaise. Et si c’était moi qui mourais demain!

J’ai vraiment été surprise, qu’une fois sur son lit de mort, ma mère eut peur de celle-ci. Nous parlions peu de ce sujet, mais j’avais souvent entendu ses discours de confiance face à cette étape. C’est clair que, même si tu as envie de sauter en bungee, ce n’est qu’une fois au haut de la falaise que tu affrontes la vraie bête qui t’habite. 

Si tu devais sauter, sans élastique et là, tout de suite, tu avances sur ce rebord, tu peux jeter un dernier regard sur ta vie, tes proches, tu y es, allez, tu dois te lancer, si tu n’avances pas, c’est la vie qui te poussera dans le dos, le vide sonne écho, ce n’est plus une question de choix! Une partie de toi refuse de se lancer dans ce vide, dans ton ventre, un tsunami, tu as peur!
C’est à cet instant que tu dois te rappeler, que le seul remède contre la peur, c’est l’amour, celui que tu apportes avec toi. 

Dans ce vol de l’ange, prends ta dernière bouffée d’oxygène et plutôt que de plonger dans ce vide, ferme les yeux et plonge à l’intérieur de toi, dans cet amour que tu as nourri toute ta vie! 

N’oublions pas, que nous apportons en nous, ni nos réussites ni nos acquis, aucun diplôme ou reconnaissance, aucune popularité ou prix Nobel. Ce que je porte en moi, c’est ce que je suis sans aucun regard sur moi, ce qui est, sans couleur d’égo ou sans besoin de plaire, c’est ce qui prend racine à l’intérieur de moi, ce sur quoi il est parfois difficile de mettre des mots, mais qui, assurément détient le pouvoir de me faire sentir vivante. Tu laisseras derrière toi, telle une signature, l’œuvre de ton passage. Ta vie devient le paysage dans lequel tu pourras plonger à ce dernier souffle. Le corps sait comment mourir, c’est le cœur qui résiste, mais à comprendre que toute ma vie, j’ai créé mon paradis, je me rassure. Mais surtout, je m’apaise en sachant pertinemment le paysage magnifique que ma mère a dû découvrir après son envol.

Karine Leclerc | Et si c’est moi qui mourais demain…

Commentaires

1 Commentaire
  • Danielle L.
    Publié à 05:12h, 31 mai Répondre

    Que 2 mots ma belle Karine: MERVEILLEUX TExTE

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