Apprivoiser la bête

Se relever d’un deuil

Je sais très bien que certain ne se reconnaîtront pas dans ce texte, mais c’est en toute humilité que je tiens à dépeindre cette réalité que j’ai vécue et que plusieurs vivent, suite à un deuil.

La résilience est une destination de rêve pour toute ma clientèle en traversée de deuil, le paradis caché des cœurs blessés. Et comprenez-moi, c’est toujours délicat de parler de résilience. La résonnance de ce mot m’affectait au plus haut point, lorsque j’étais dans mes périodes de souffrances. Entendre parler de résilience, quand c’est toi qui es dans la douleur, c’est frustrant! À faire face à tous mes deuils non résolus, j’avais l’impression de me battre contre une bête que je n’avais jamais connu auparavant, et cette bête, je ne le disais pas, mais elle me faisait peur!

Cette bête, c’était la version de moi, souffrante et hyper résistante, cette partie de moi qui me criait dans les oreilles de la laisser tranquille et de ne pas la déranger, qu’elle était bien dans sa cache!

Je dois être honnête, dans mon parcours, je n’étais pas consciente que je cherchais la résilience. Mes idées troublées cherchaient plutôt à s’éloigner de la survie et se rapprocher de la vie.

Chaque personne pourrait définir la résilience à sa façon. Dans la revue ‘’Psychologies’’, la définition va comme suit : La résilience est la capacité pour un individu à faire face à une situation difficile ou génératrice de stress.

La résilience est donc une action de cheminement vers un aboutissement, et elle demeure unique pour chacun!

Quand je fais l’autopsie de mes 15 années les plus intenses, j’arrive tout de même à des conclusions assez concrètes, avec lesquelles j’aide ma clientèle endeuillée dans ce cheminement, chose certaine, pour plusieurs… Il faut apprivoiser LA BÊTE!

 

Reconnaître la bête

La bête est résultat de tout ce qui est refoulé en soi

La bête tente de se protéger, soit elle fuit, soit elle montre les dents. Elle, tente délibérément de fuir le risque qui la guette, soit, de souffrir. On doit l’accepter comme elle est, de façon entière et parfaitement imparfaite. On doit prendre le temps, cesser de lui faire violence et lui permettre d’exister. Je vous entends me dire : ‘’facile à dire’’. Vous savez quoi? C’est exactement le genre de propos qui m’aurait dérangé dans le passé, mais aujourd’hui je comprends pour quelles raisons cela m’atteignait tant! Ouvrir la porte à cette bête n’a rien de logique, c’est comme s’offrir en sacrifice humain. Mais ce n’est qu’une illusion, très convaincante créée par la bête…

Voilà donc quelques conseils, afin de libérer la bête.

  • Accepter de ressentir les émotions. La bête doit se libérer du négatif afin de créer de l’espace pour le bonheur à venir. La tristesse, la colère, etc. J’ai dû comprendre pour quelle raison je devais vivre ces émotions avant de me permettre de les laisser passer réellement. Ma sensibilité était ma plus grande alliée et moi je la regardais comme étant ma pire ennemie.

Demandez l’aide de professionnels, lisez des livres sur les émotions, l’information peut convaincre votre rationnel de faire une place au cœur, car ce n’est qu’à partir de celui-ci que la démarche peut s’amorcer!

  • Les émotions sont comme des sacs à vidanges cachés dans les armoires du fond. À mesure qu’ils se putrifient, on s’habitue à l’odeur, on ne réalise pas à quel point elles influencent nos choix, nos actions, nos réactions, nos relations, toute notre vie!

Comme je dis souvent, on ne dépose pas un crayon sur une table de la même manière quand on est en colère, alors n’essayons pas de nous convaincre que ces émotions n’ont aucune répercussion dans notre quotidien. Les émotions sont comme des déchets que l’on se doit de sortir.

La bête ne veut pas sortir ses vidanges, car ça la rend vulnérable et imparfaite, elle préfère faire semblant qu’elle n’en a pas.  La réalité, c’est que, des vidanges, ça pue et ça empoissonne notre air ambiant.

Les proches finissent, même, parfois, par cesser de tenter de nous convaincre, ils repartent et s’éloignent. Et quoi qu’on en pense, c’est souvent, par amour! Nous manquons d’éducation aux émotions, nous croyons que, puisqu’elles sont désagréables à ressentir, elles sont mauvaises pour nous! À tort! Elles sont nécessaires, vivantes et méritent la liberté!

Vivez vos émotions, sans les nourrir, ne vous y attachez pas, les émotions sont conçues pour passer en vous, non pas pour y poser racines.  La sortie des émotions laisse place à la légèreté, croyez-moi, sinon essayer vous verrez!

  • Parlez-en! Oui, on a besoin de parler de nos épreuves. On est parfois en déni de la réalité, notre ordi est en arrêt sur image, radoter, c’est comme appuyer sur enter, enter, enter, jusqu’à ce que l’info se ‘’load’’. C’est évidemment parfois épuisant pour nos proches, car ils sont touchés par notre souffrance. Si c’est le cas, allez voir quelqu’un afin de vous permettre d’évacuer et laisser de la place au cas où le bonheur se pointerait le bout du nez quelques minutes. Il faut être prêt pour le bonheur, mais surtout, on doit lui faire une place!

Ma bête était le résultat de tout ce que j’avais refoulé en moi. Au lieu de lui faire violence, j’ai appris à l’écouter. Je suis devenue attentive à ses besoins, j’ai commencé l’attirer avec du positif, à la nourrir avec du sens et je m’y suis attachée. À prendre tout ce temps pour elle, je l’ai apprivoisée. Ses défauts sont devenus moins lourd, j’ai découvert que derrière cette armure se cachait une sensibilité humaine. Cette sensibilité m’a permis d’exister dans ses yeux et c’est exactement là, que la résilience s’est pointée… Le jour où j’ai aimé ma bête !

Jamais je n’aurais cru pouvoir regarder mon passé avec une telle sérénité. Je me suis longtemps sentie comme étant victime de ma vie, maintenant, je me sens privilégiée de tout ce que j’ai découvert à travers ce parcours chaotique.

Karine Leclerc | Apprivoiser la bête

Commentaires

2 Commentaires
  • jean
    Publié à 09:03h, 07 août Répondre

    merci pour le superbe message🙌🎉

    • Karine Leclerc
      Publié à 21:49h, 07 août Répondre

      Merci à vous !

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