GERTRUDE, MA BIEN-AIMÉE!

J’ai toujours aimé et j’aimerai toujours les plantes! Elles font partie de moi, de mon essence, de qui je suis, de ma vie et elles sont essentielles à mon environnement! De plus j’ai le pouce vert et j’ai la réputation de sauver les plantes malades. Je me souviens que lorsque j’allais m’acheter une plante, je prenais toujours celle qui n’avait pas l’air en forme, car je me disais que personne ne la prendrait!

J’ai reçu cette plante d’un ami en 1994, cette plante était malade et chétive à cette époque.  Elle avait comme prénom Gertrude, pas que je donne des noms à mes plantes, mais celle-ci est arrivée baptisée ainsi.  Je l’ai hébergé et j’en ai pris soin pendant plusieurs années et elle était devenue magnifique.  Puis, vers les années 2000 je l’ai offerte à ma sœur, car j’avais trop de plantes et au rythme où ça allait, il aurait fallu m’acheter un centre d’achats pour toutes les accueillir!

Le 11 février 2008 à 11h11 pm, le feu est passé dans ma vie et il a tout pris! TOUT, à l’exception de ma personne, de mes 2 chats, de mon cartable de PNL et de mes CDs de photos qui étaient dans mon sac bandoulière. Je me souviens d’avoir traversé un mur de feu pour sortir.  Je me souviens d’avoir regardé ma maison s’envoler en fumée.  Je me souviens aussi qu’une partie de moi est morte cette nuit-là!

À l’automne en 2011, ma sœur m’a demandé si je voulais reprendre ma plante car elle était devenue trop grosse pour son appartement.  J’ai tout de suite demandé : « Ma plante? De quelle plante parles-tu? »  Là, j’ai eu un flash et j’ai compris qu’il s’agissait de ma Gertrude que j’avais oublié!  C’est certain que j’ai dit oui! C’est à ce moment que j’ai pris conscience qu’elle (Gertrude) avait elle aussi survécu à sa manière au passage de cette épée de feu dans ma vie.  Son retour dans ma vie est rapidement devenu pour moi, la symbolique du pont entre ce qui avait été et ce qui était!

À l’été 2014 j’ai décidé de la réempoter, car elle était toujours dans son pot d’origine et ce depuis 20 ans!  Comme vous pouvez voir sur la photo elle avec une belle longue tresse de cheveux de vie!  Son nouveau pot lui a donnée la liberté de rattraper le temps perdu et de laisser libre ses cheveux dans la nouvelle terre.  C’est aussi en 2014 que je me suis divorcé après plus de 25 ans de vie commune.  Moi aussi j’ai changé de pot!

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À l’automne 2016 je trouvais que ma plante n’avait pas bonne mine et je suis allé consulter! Verdict : ma plante était malade (condamnée), car elle avait une maladie « incurable » qui était très contagieuse. Il n’y avait pas d’autres solutions que de la faire disparaitre!  J’ai difficilement accepté le verdict et je me suis dit que j’allais la laisser dehors mourir au grand air, au gré du froid!  Le premier soir où ils ont annoncé une possibilité de gel au sol je n’ai pu m’empêcher d’aller la chercher et de la mettre à l’intérieur, à la chaleur.  J’ai finalement décidé de l’isoler dans une pièce pour la période de l’hiver et qu’au printemps, si elle était toujours vivante, je lui ferais une méga taille et je la placerais à l’extérieure en convalescence. Le grand air ça fait toujours du bien!  J’ai même tenté de faire des boutures pendant l’hiver mais elles n’ont pas survécu!  Je sais que j’achetais du temps, mais tant qu’il y a de la vie …. il y a de l’espoir!

Au printemps 2017 ma chère Gertrude était toujours vivante, mais elle était dans un état lamentable et à l’article de la mort.  Je l’ai prise dans mes bras et je l’ai transporté sur ma terrasse avant.  Je suis allé chercher mes sécateurs, je me suis agenouillé devant elle et puis j’ai pris un petit moment pour moi… pour elle… pour nous deux.  Un moment qui a duré longtemps… j’ai vu défiler ma vie devant mes yeux, mon histoire, notre histoire… notre vie!  J’ai pris une grande respiration et j’ai sectionné les premières branches, je regardais tomber entre mes mains la misère de sa vie!   Puis le reste c’est fait naturellement et avec sérénité.  C’est comme si je savais que je faisais la bonne chose! Puis je l’ai lassé là, entre les mains de dame nature et j’ai lâché prise.

Elle est restée là, inerte pendant une bonne partie de l’été, sans manifester aucun signe de vie.  Chaque fois que je passais à ses côtés je lui disais bonjour et lui souhaitais une bonne journée.  Puis un matin il y avait une feuille!  J’ai passé près de faire un arrêt cardiaque! Je me suis arrêté et j’ai touché à cette feuille toute petite, toute délicate et d’un beau vert tendre!  Que j’étais ému et surtout tellement fier d’avoir eu la foi d’honorer mon intuition!

Bien voilà, j’ai une plante en pleine santé, une plante qui a su renaître de ses cendres… En ce qui me concerne, c’est un miracle de la vie.  Il est certain que pour qu’il y ait miracle, il faut y croire!  Moi, j’ai cette belle croyance!

Jamais je n’aurais pensé qu’écrire un texte sur la vie d’une plante puisse me faire pleurer!  J’ai parcouru les 20 dernières années de sa vie en parcourant aussi la mienne!  Il y a beaucoup de similitude entre Gertrude et moi.  Et je peux, avec certitude, affirmer que l’écriture est curative et libératrice!

André Cloutier | GERTRUDE, MA BIEN-AIMÉE!

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