Hypnose et générations

Alain Marillac

Comme tout praticien de longue date je suppose que, vous aussi, avez constaté l’évolution ou la « dévolution » du langage pratiqué avec nos clients. Tout dépend souvent de l’axe de suggestion choisi et surtout de l’âge du client.

Historiquement je fais, en gros, une ligne en 1990. Toute personne venue au monde, avant, peut parfaitement avoir vécu trente ou quarante ans sans cellulaire, sans ordinateur et sans un sentiment d’urgence perpétuelle.  Si on évoque avec eux un coin de calme au bord d’une rivière, ils parviennent à entendre facilement l’eau qui s’écoule entre les roches, le chant des oiseaux et la sensation du soleil.

Avec ceux d’après 1990, que l’on place dans la même situation il est nécessaire de nourrir la description en continue de manière à enrichir la perception. Avec certains il est possible de suggérer l’usage d’une application qui permet d’identifier l’oiseau. En fait, tout le lâché prise complet va prendre plus de temps.

Et il y a désormais une tranche relativement indéfinie où les âges se mêlent et qui ne comprend pas vraiment ni les mots ni de quoi on parle. L’échange se fait donc via des « concepts » prédéterminés lors de l’anamnèse.

En effet, le langage, qui est  l’outil premier de tout praticien en hypnose se transforme d’une période à l’autre. Certains ont connus les vastes étendues de nature (qui reviennent à la mode). Puis les pop-up, les dossiers à nettoyer et les items à envoyer dans la corbeille, ou un écran qui permet de retrouver une page de présentation clean et réaliste; représentaient, il y a peu, une pause permettant de faire le point sur son parcours. D’observer émotionnellement les moments importants de sa vie et d’accepter de laisser partir les autres au grès d’un courant, d’un vent ou d’un désir profond.

L’amusant, ou le tragique des approches tendances,  selon comment on les regarde, réside dans la pulsion récente de l’émotivité exprimée. Des dizaines de formations, d’applications et de conseils visent à permettre de s’aimer soi-même, de dire aux autres qu’on les aime, etc. Certes on s’appuie là sur une portion importante de temps qui s’est écoulée avec des likes et des émojis en oubliant d’explorer leur sens profond.

Ceux d’avant 1990, s’arrangent de tout, ils n’ont pas trop de mal à trouver la « vibration » intérieure des sensations et des émotions sur plusieurs niveaux. Ceux d’après 1990 surtout les plus jeunes, on parfois même du mal, parfois, à ressentir. Ils expriment un sentiment par un logo mais peinent à en éprouver l’essence. L’amour, la haine le bien ou le mal ces grandes notions basiques se mélangent et ne sont plus que des expériences passagères, ponctuelles qui viennent participer à un événement momentané. Leur difficulté vient aussi du fait qu’ils manquent, pour beaucoup, du vocabulaire d’expression. Alors il s’agit de décodé, de se projeter dans l’autre pour saisir le thème, le trouble ou la piste de solution.

Les thérapeutes doivent de plus en plus jongler avec l’ensemble et trouver le bon chemin, surtout avec les cas de harcèlement, de rejet, de dévalorisation personnelle qui ne se trouve pas que dans les écoles, mais de plus en plus dans les cadres professionnels.

L’anamnèse revient au premier plan, avec force, car elle permet de doser les références en fonction de l’âge du client et de son parcours. Mais cela demande aussi au thérapeute de se situer (elle ou lui)-même d’un côté ou l’autre de 1990. Mais cela ne suffira pas.

Les approches les plus directes seront sans-doute, sous peu, des montages d’images virtuelles modulables, capables de s’adapter, en temps réel, aux cas rencontrés.  Un nouvel univers qui viendra atténuer encore l’imaginaire mais qui comblera, un temps, la déficience des mots.


Alain Marillac, hypnothérapeute et hypnologue

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