La ligne rouge

Il y a ce moment où on comprend, que rien ne sera plus pareil, que le temps d’un clignement d’œil, tout ce que l’on a bâti, rêvé, planifié, s’est écroulé! Pour le point de bascule qu’elle oblige, pour l’impact qu’elle a dans nos vies, je ressentais le besoin de la connaitre, de vous la peindre dans un coin, afin de mieux l’apprivoiser et vous rappeler, qu’elle n’aura pas le pouvoir de vous tuer!

La ligne rouge
__________________________________________________________________

Cette fameuse ligne survient suite à un choc, un deuil, suite à l’annonce d’un diagnostic, lors de l’annonce d’une rupture, évidemment, on parle ici, d’événements traumatiques, etc.

Vous vous rappelez cette publicité de la société canadienne du cancer, (On y voyait en silence des patients devant un médecin, recevant une mauvaise nouvelle et on voyait les patients et leurs proches tomber au ralentit vers l’arrière). Cette scène visualise bien l’état provoqué par la traversée de cette fameuse ligne.

Elle est définie comme une frontière entre 2 mondes. Avec cette ligne, se dessine un avant et un après! Vous la reconnaissez? Vous l’avez déjà croisée? Alors vous pourrez comprendre ce concept de la ligne rouge!

Quand un client en deuil me partage son histoire, je ressens toujours le revirement extrême lors de la traversée de cette ligne. On pourrait l’appeler choc traumatique, ce fil mériterait un espace dans le dictionnaire, pour l’intensité de sa décharge électrique et ou la trop grosse injection de lucidité qu’elle propulse dans le sang.
Elle se pointe vitesse grand V, par les impacts et les chocs de la vie…

Difficile d’expliquer avec exactitude cet état de non-retour, mais pour avoir vécu cette traversée plus d’une fois à l’annonce de deuils de vie et parce que je détecte dans les yeux de ceux que j’accompagne, précisément, ce moment où leur vie a basculée, mon cerveau gauche a ressenti le besoin de trouver des mots et de lui faire son procès.

Cette ligne s’impose, elle n’a rien à faire de notre opinion et ne s’annonce pas non plus, elle entre par la porte d’en arrière, viole notre intimité, détruit notre quotidien. Elle change nos priorités, détruit même parfois ce que l’on croyait important et repart avec la conscience tranquille. Elle propulse dans l’œil d’une tornade, un brouillard dense et froid, tellement qu’on peut oublier d’où on vient. Dès que l’on passe cette ligne… nos repères s’effondrent… une surdose de nitro émotif nous dissocie psychologiquement de notre corps.

Cette ligne est comme une signature qui ferme le dossier de la vie comme elle a été. C’est terminé !

Pendant que j’entends les éternels positifs chuchoter trop fort… Rien n’arrive pour rien ; La vie nous envoie les épreuves qu’on a la force de surmonter…
J’ai envie de vous crier tout bas ; « laissez-les exprimer et vivre leurs injustices ; laissez-leurs la possibilité d’être victime de ce coup de pelle ; laissez-leurs même le droit de croire que tout est fini ; ne serait-ce qu’un court moment, car il peut y avoir un besoin de s’exprimer et crier, même en silence, ce qui vient de se passer. »

On a souvent besoin de normaliser nos états, afin de tourner la page, afin de retrouver ses forces et se relever. À d’autres moments, on se doit de radoter afin de « loader » l’information, vous comprenez? Lorsque « CTRL-ALT-delete » ne marche plus, que le corps est en écran de veille et le cœur exige une mise à jour, ce sont les effets de la ligne rouge!

Suite aux symptômes reliés, retrouver une sensation de normalité est nécessaire afin d’adoucir les choses et permet à la personne de saisir, qu’elle n’est pas folle! Que cette sensation de perdre le nord n’indique pas qu’il n’y ait plus de direction, mais plutôt que la destination est à redéfinir.

Je donne beaucoup d’importance à cette toute petite ligne, mais pour moi, il est nécessaire de faire comprendre que cette ligne n’est pas de la largueur d’un désert.

Elle est l’équivalence d’un « reset », elle demande de recréer à partir de ce qui n’est plus et de s’inspirer des souvenirs qu’on a déjà eus! Cette ligne rouge se termine par une flèche qui pointe subtilement le chemin de la résilience.

Mon texte ne parlera pas à tout le monde, non seulement chaque deuil est unique, mais leurs intensités aussi. Parce qu’on en parle peu, parce que cet état c’est le summum de la lourdeur, je me devais de dévoiler cet état au grand jour pour ceux qui le vive honteusement, en silence et seul.

Cet état de choc est trop souvent dans l’ombre, il est pourtant si puissant et envahissant, qu’il amène parfois même des pertes de mémoire. Afin de mieux comprendre quelqu’un dans ce parcours, afin de mieux accepter cette traversée remplie de tremblements intérieurs, afin de vous sentir moins fou, pour que vous reteniez que malgré son intensité, la traversée de cette ligne rouge, n’aura pas le pouvoir de vous tuer!

Karine Leclerc | La ligne rouge

Commentaires

1 Commentaire
  • Ghilaine
    Publié à 09:44h, 21 novembre Répondre

    Merci, votre texte me fait le plus grand bien. Je vais partager, histoire que ça puisse faire du bien à quelqu’un d’autre aussi. 🙂

Écrire un commentaire