Le mur du « non »

Au fil des années, j’ai eu la chance de pratiquer en France, au Maroc et au Québec notamment. Des pays de mélange, de proximité frontalière, d’accès à des langues étrangères, mais aussi à des cultures similaires pourtant empreintes de différences majeures. Ce fond, malgré tout commun, via des incertitudes et des convictions nationales, voire patriotiques, est aussi, comme partout ailleurs, au cœur de divergences profondes chez les individus.

En résumé, tous les humains sont pareils malgré des trajectoires spécifiques. La majorité des problématiques rencontrées au bureau sont les mêmes. Au-delà des acouphènes, des phobies ou des douleurs, il demeure partout, le manque de confiance, la procrastination, la difficulté à s’affirmer ou à prendre sa place.

J’ai notamment beaucoup travaillé avec des cadres et des gens d’affaires. Plusieurs voulaient juste mieux performer, d’autres visaient à être Vizir à la place du Vizir. Toutes et tous, comme des coureurs de marathon, devaient un jour ou l’autre affronter leur « mur ».

Un obstacle invisible qui s’impose et que chacun doit combattre avec ses outils. Au plan verbal, cela passe par toutes ces petites phrases que l’on connaît par cœur, du type : « je ne suis pas capable », « je n’y arriverai pas », « c’est trop pour moi! » C’est le mur du « non », le lieu d’inertie qui surgit violemment ou s’insinue perfidement.

Là se situe le maelstrom de toutes les théories, des contes et des principes qui se bousculent et tournent en rond de l’Alchimiste de Paolo Coelho, en passant par les petits tyrans de Castaneda ou les parques, tricoteuses de destin de la mythologie grecque.

Un travail s’impose dès lors qui ne s’appuie que, et uniquement, sur la capacité de l’individu à croire qu’il existe un « au-delà du mur » et qu’il y a SA place. Cet unique empêchement est un amalgame de milliers de détails et de faits principaux qu’il faudra décortiquer, en partie, en saisir le sens et changer de regard sur la trajectoire.

Le départ de la course à obstacles se situe au cœur de l’imprégnation d’enfance (pour faire simple, songez aux oies cendrées de Konrad Lorenz et à l’oison qui suit le premier objet en mouvement).

On trouve une forme similaire, moins prononcée chez les mammifères via la figure parentale « observée ». On notera ainsi chez l’humain un processus d’imprégnation direct dans la petite enfance puis une forme d’auto imprégnation au moment de l’adolescence et des modèles de références, modèles qui agiront souvent comme des renforcements.

Nonobstant le milieu, c’est le message reçu qui compte. Les fausses certitudes peuvent prendre des aspects tout « simples » du genre : quand on vient de notre milieu, il ne faut pas rêver, secrétaire ou contremaître sont des réussites sociales. Alors, bien entendu, le jour où l’on pourrait devenir patron, le boomerang des ancrages nous saute à la gueule. L’inverse social est bien réel aussi.

Certes; ce sont là des images faciles et clichées, mais elles servent à situer la généralité.

Chacun va devoir puiser et creuser en soi afin de saisir et interpréter ses blocages intimes. Puis il faudra se donner le droit de dépasser les limites, il faudra accepter de pouvoir aller plus loin, il s’agira aussi d’avoir une foi indéfectible en ses propres capacités et en sa propre légitimité. Réaliser son destin, s’accomplir dans l’univers de nos rêves demande, avant toute chose, d’être en phase avec le songe.

J’ai vu bien souvent des aficionados du pouvoir parvenir à leur but et là, soudain, se rendre compte qu’ils n’étaient pas faits pour ce poste si longtemps envisagé. Mais l’important résidait, surtout, et principalement, dans la réussite de l’achèvement du parcours. Ils avaient atteint le but : situer le lieu qui était le leur.

En réveillant les souvenirs anciens, pris dans la gangue de l’oubli on leur applique la respiration artificielle, on leur permet d’exister à nouveau au premier degré, de redevenir malléables en réintégrant la  mémoire à court terme. De nombreuses recherches ont montré cette flexibilité de la remémorisation. C’est le merveilleux monde du circuit de Papez.

D’immenses progrès sont alors possibles. La difficulté, car il y en a toujours une, consiste pour le thérapeute à doser parfaitement ses mots afin d’éviter de teinter la part immergée de l’iceberg et d’implanter de faux souvenirs même partiels. Les questions doivent demeurer ouvertes et les suggestions larges. Le respect est au premier plan.

Une fois les freins ôtés, les murs du « non » défoncés, il ne demeure que l’espace de plénitude à partir duquel on rayonne de ses capacités à être. Le chemin n’est toutefois pas toujours aisé, le passé et les visages d’enfance pèsent lourd dans la balance et ils éprouvent notre conviction du devenir. Bien des approches proposent une forme de déni, de mise à l’écart des événements passés, c’est plus facile.

De mon côté, j’estime que le prodigieux de l’histoire demeure dans la capacité de chacun à façonner un futur choisi. Un axe qui est devenu une spécialité pour moi. Elle permet de transformer le passé en compost; de le transformer en totalité, en écartant les obstacles et en offrant une page vierge, renouvelable à souhait.

Je vous invite aussi à lire cet article complémentaire : https://www.penser-et-agir.fr/vouloir-tout-controler/


Alain Marillac

Alain Marillac, hypnothérapeute : www.enequilibrebedford.com

Et https://www.mutationexponentielle.com/

Alain Marillac | Le mur du « non »

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