Pouvoir et confiance ? Pour toute personne au-dessus de 25 ans, l’association de ces mots signifie sans doute encore quelque chose. Pour les plus jeunes, cela m’apparait aujourd’hui totalement obsolète. La réalité a changé.
Chez les ados et les plus jeunes, la confiance c’est de la fiction ! Ils ont grandi dans ce qui sonne plutôt comme de la SUR affirmation de soi. Ils ne doutent plus. Même le harcèlement devient, chez plusieurs, une forme de jalousie venue de l’extérieur. La confiance est une notion auto acquise qui n’interroge plus. Elle est !
Par contre, le concept de pouvoir s’amplifie et, dans certains milieux, il sonne comme : rivalité et asservissement de l’autre. Dans le monde « normal », au sein de la moyenne sociale, il s’agit simplement de l’aboutissement d’une réalisation de soi.
Même les timides vers lesquels on se tourne dans ce domaine. Ceux qui doutent. Ceux qui doivent à coup sûr s’atteler à leur passion, leur mission, ou à leur travail pour se réaliser. Jouissent, en fait, d’une forme de réussite immersive qui attire le regard extérieur via, notamment, les réseaux sociaux. La majorité transcende le piège du service, cher aux banlieues et aux cités : la valorisation par l’aplatissement.
Ce qui a changé c’est la multiplication des individus qui sont à l’opposé du spectre : la mono vision des stars et égéries de toutes sortes, un genre particulier de créatures qui perçoivent très tôt une opportunité ou un destin et qui marchent droit devant sans se soucier des obstacles. Ils drainent rapidement dans leur sillage des «rémoras», des « followers », qui s’attribuent, d’eux même, la tâche de servir et de soutenir. Mais s’agit-il de confiance, ici, ou de non-conscience de l’impossible?
L’image la plus claire qui me vient en songeant à eux c’est celle de Forest Gump marchant à travers l’Amérique et qui attire à lui des centaines de « suiveurs ». Lorsqu’il s’arrête soudainement, parvenu au terme de son expérience. Les autres demeurent en panne de révélation.
Dans le contexte actuel, les « influenceurs » jouent aisément ce rôle. Ils se mettent en scène dans un « ego show » qui prêche la greffe et concentre l’image projetée des autres.
À bien y regarder, la confiance perd sa place au profit de l’indifférence périphérique et de la focalisation sur soi. Plus je m’exprime sans tenir compte des autres, plus j’ai de chance de développer de « l’unique ». Plus je tiens mon cap et plus l’opposition qui m’environne m’octroie un pouvoir grandissant.
Si, jadis, ce pouvoir découlait presque exclusivement des relations et des alliances, aujourd’hui, il émane, en apparence, d’égos individuels. Peu importe qu’ils aient sacrifié, un temps, aux conventions. Leur vrai pouvoir est de « vivre » une vie rêvée aux yeux de tous.
Au bureau, le plus fascinant avec les jeunes, c’est leur non-résistance à devenir une autre personne. C’est-à-dire une acceptation naturelle de la transformation. Ils entrent fragiles et incertains et ressortent avec une aura de puissance et de certitude sans presqu’aucun questionnement. On ne traite plus l’individu qu’en contexte de son rôle dans la meute.
Il est dorénavant question d’une « certitude de soi » qui s’acquiert ou se travaille grâce à l’entourage ou via un coaching. Il n’y a plus de « manque » de confiance, mais une méconnaissance du parcours.
Par ricochet, le pouvoir appartient à tous et devient un enjeu passager. Il s’agit de rayonner suffisamment longtemps pour assurer son avenir, avant qu’un élément survienne au profit du pouvoir de l’autre. Ceux qui échouent se valorisent comme «fans et suiveurs ».
La rationalité de la ²starification² globale a créé des standards. Dix ans est une durée moyenne de réussite, tous milieux confondus, il restera une image, un souvenir, une référence, mais le pouvoir aura plié bagage. De la politique à la scène, la décennie s’impose.
L’examen des divers parcours met en évidence la mono direction entourée d’aficionados. C’est le groupe –réel ou virtuel- qui donne l’ascendance et le pouvoir, évinçant la confiance. La part individuelle se résume à la concrétisation d’une volonté ou d’une obsession. Même les plus timides s’ils focalisent sur un thème de prédilection sont capables d’affronter des salles bondées. L’énergie des groupes successifs va leur donner le pouvoir.
Alain Marillac, hypnothérapeute






